Cinquantenaire de l’indépendance : vers un demi-siècle de décadence ?

4 avril. Fête de l’indépendance d’un pays jeune officiellement de 50 printemps, mais dont l’histoire millénaire a été balayée par des décennies de colonisation sauvage.Bien sûr la transmission orale et archaïque du savoir par les anciens n’a pas aidé à la conservation optimale de la culture traditionnelle, mais bon c’est sûr que l’influence de l’occupation toubab n’a pas aidé.

Revenons-en à cette fameuse fête. Dans toutes les villes du Sénégal sont organisées de nombreux défilés et autres manifestations pour témoigner de l’importance de ce cinquantenaire d’une liberté conquise durement par la sueur et le sang versé de toute une génération. Quelle en est la récompense aujourd’hui, après toute ces années ?

Malheureusement la désillusion se lit sur trop de lèvres, et on pourrait entendre un murmure sourd de désenchantement entre deux roulements de tambour. Dans une fête telle que celle-ci, différentes organisations, institutions, corps de métiers vont vêtir leurs plus beaux apparats et défiler sous les yeux de la foule : élèves d’écoles prestigieuses, détachements militaires, Croix-Rouge, sauveteurs en mer, associations de protection des droits de la femme, …il y en a pour tous les goûts et plein la vue. Pourtant, un léger vent d’amertume souffle sur ce couloir de la désillusion, et de nombreux spectateurs n’ont pas tant le cœur à la fête quand, les yeux dans le vague, ils pensent aux difficultés quotidiennes qui s’amoncellent. Aucune fête n’empêchera les enfants talibés de se lever à l’aube pour aller faire la manche, ou les pêcheurs d’aller en mer chercher leur gagne-pain. Ainsi, nombreux sont les abonnés absents de la liesse populaire, car fête ou pas la crise est toujours là. Célébrer un anniversaire quand le prix du kilo de riz a triplé ces dernières années ? Quand les coupures d’électricité perdurent dans l »ensemble du pays ? Quand 50% de la nouvelle génération est analphabète ?

Bref,l’ombre de ces festivités s’étend et prend le visage d’un mal être social latent, prenant l’ensemble des populations n’ayant pas atteint le sommet. En outre, quand on sait que quasi 50% de la population a moins de 30 ans, on peut mieux cerner cette indifférence à la fête. Les pères qui ont contribué au façonnement de cette liberté acquise 50 ans auparavant ne sont plus ou pas assez nombreux , alors les jeunes ont du mal à s’identifier à un combat qu’ils n’ont pas mené. Leur manque d’instruction ne fait que renforcer le « complexe du colonisé », obsession chronique qui constitue un frein au progrès social. En effet, tous n’ont qu’un mot à la bouche : Partir. Pour quoi, pour où? L’Europe, les Etats-Unis, le Canada… Même sans diplôme ni connaissances sur place, ils pensent tous que chez nous on travaille peu pour gagner beaucoup, que tout est plus facile. Alors quand j’évoque leurs compatriotes vendeurs à la sauvette qui passent leur temps à échapper à tout ce qui porte un uniforme, on me rit au nez. C’est plus facile de croire en une terre promise, d’imaginer une vie meilleure de l’autre côté de l’Atlantique….malheureusement la réalité est toute autre, mais l’eldorado du merveilleux pays des blancs est tellement ancré dans les esprits de la nouvelle génération qu’ils sont peu nombreux à comprendre qu’ils doivent rester, que c’est le combat qu’ils doivent mener pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants. Malheureusement, les cerveaux et la force de travail rêve d’ailleurs pendant que le pays est dirigé par une oligarchie composée de certains hommes dont certain ont à peine le BAC.

Ainsi, beaucoup de gens se laissent vivre devant l’incertitude de l’avenir et préfèrent attendre qu’on vienne les aider avant qu’ils ne s’aident eux-même. Il ne faut pas prendre ça comme une condamnation de la petite toubab qui se la raconte moraliste en Teranga, pas du tout. Mais je vois tellement de parents qui en ont rien a faire de voir leurs gamins traîner dehors et arrêter l’école à 12 ans, des pères préférant se chercher une deuxième femme plutôt que de s’occuper des enfants de la première ou des mères gaspillant leurs maigres économies dans de la crème décolorante plutôt que dans du lait ou des livres scolaires. Tout ça me donne l’impression qu’en dehors de la politique politicienne d’une minime minorité qui s’envoie en l’air dans le pétrole et le luxe pendant que ceux d’en bas crèvent de faim, l’attentisme est l’autre fléaut qui gangrène l’avancement du pays. Certes nous avons une responsabilité indéniable dans ce retard de développement, mais 50 ans après la proclamation de l’indépendance, c’est trop facile de dire que tout est la faute des étrangers alors qu’on ne cherche pas de travail pour arrondir les fins de mois. Certes, la vie quotidienne est difficile et les conditions de travail rude, mais c’est sûr que quand on ne cherche pas, on ne risque pas de trouver. Après il ne faut pas considérer mes propos comme une condamnation radicale des populations, mais il y a tellement de gens qui donnent des excuses pseudo colonialistes à leur misère alors que je VOIS ce qu’ils font de leur argent et de leur temps, et qu’en connaissance de cause je peux dire qu’ils ont une certaine part de responsabilité dans la précarité de leur situation.

Après je le répète, je ne suis personne pour juger quoi que ce soit, je reste à ma place de simple spectatrice, mais j’avoue que c’est rageant de constater un tel attentisme banalisé, alors que parallèlement je vois beaucoup de gens qui se démènent jour et nuit, et dont les efforts ne sont pas récompensés à leur juste valeur.

Par ailleurs, le pays traverse une crise identitaire de plus en plus prononcée entre les différentes ethnies. Ainsi, aujourd’hui il devient plus difficile de marier une Wolof avec un Toucouleur qu’avec un français. D’un point de vue économique, le pays a pris du retard et voit sa balance commerciale toujours déficitaire. Même si les ressources et la force de travail sont là, la mauvaise redistribution des richesses devient un mal chronique, surtout quand on voit qu’après 50 ans le pays souffre toujours d’une répartition énergétique aléatoire, et que les problèmes d’irrigation et de gestion de l’eau ne sont toujours pas réglés. Quant au système éducatif, il reste inchangé depuis les années 60….il n’y aurait rien à redire si tous mes élèves de CE2 étaient capables d’écrire leur nom, malheureusement tel n’est pas le cas..à se demander ce pour quoi sont payés leurs profs, et s’ils savent faire autre chose que de se mettre en grève quand le ventilo est en panne.!

Ainsi, quand je regarde cette foule devant le défilé, je m’interroge sur le véritable sens de cette fête, et je suis loin d’être la seule à éprouver ce sentiment de malaise. En 50 ans , le pays n’ pas progressé comme il aurait pu le faire, et à même régressé dans certains domaines. Le panier de la ménagère est moins bien garni aujourd’hui qu’en 1960, et on ramasse par dizaines les corps sans vie d’adolescents qui ont tenté la transatlantique en barque pour un pseudo monde meilleur. Comme si après l’euphorie de l’indépendance les gens vivaient dans une gueule de bois permanente, et préféraient se recueillir sur les cendres d’un passé révolu plutôt que de se tourner vers l’avenir.

Alors ils pourront toujours chanter l’hymne national, défendre les couleurs de la nation et rappeler l’héroïsme de certains résistants africains, mais que leur ont-ils laissé?

Comme si l’indépendance n’était qu’une finalité en soi mais pas un moyen de reconstruire le pays.

Comme si c’était un cadeau inespéré offert en des mains qui ne savent pas quoi en faire, alors on préfère le regarder plutôt que d’apprendre à s’en servir. Et c’est justement ce nuage de tristesse et de désillusion qui vient voiler le soleil de cet anniversaire..


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~ par anabarbera sur 13 avril 2010.

3 Réponses to “Cinquantenaire de l’indépendance : vers un demi-siècle de décadence ?”

  1. Même constat sur l’attentisme palpable et l’envie d’assistanat plutôt que de se sortir les doigts du c**
    J’ai beaucoup de mal par moment à appréhender la mentalité et la situation. Comme tu le dis, les mômes dont les parents se foutent, les pères qui se bourrent la gueule (à jeûne, ils mangent pas) avec leur maîtresse pendant que leur première femme meurt de faim.
    En face de chez moi, il y a des gosses qui font RIEN de leur journée. Ils jouent simplement au foot avec un ballon crevé. Quand je passe, ils sont tous : « Argent mundele, argent »…

    La moindre initiative (très rare soit dit en passant) est vouée à l’échec à cause de la cupidité ou l’indifférence des responsables.

    Le pire c’est la vision qu’ils ont de l’Europe…

  2. A la lecture de tes observations j’ai un peu l’impression que les pays colonisés au cours des siècles passés vivent ce que tu décris à savoir la pauvreté l’assistanat l’attentisme;il en est de meme des pays du tiers monde.Grosses bises!!!!

    • Non pas tous prend les pays de l’Asie . Le Vietnam par exemple
      Il on été colonisé pendant quelque centaines d’années Chine, Japon, Français, Américain et il ne sont pas dans l’attentisme.
      Les pays de l’Amérique du sud également qui commencent à émerger.
      Il y a t’il un problème spécifique à l’Afrique ?

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