Dakar, ville aux mille visages.

Capitale de la Teranga.

On la nomme en cinq lettres, qui résonnent comme un son infernal. Car s’il y a bien un mot qui vous vient à l’esprit la première fois que vous débarquez à Dakar, c’est bien celui-là : Enfer !

Loin des grandes avenues illuminées de Paris, des places fleuries de Rome, des canaux lisses et paisibles d’Amsterdam, du Flamenco des bar à tapas de Madrid. De l’autre coté de l’Atlantique, Dakar n’apparait pas comme le melting pot culturel de Londres, mais plutôt comme un vaste capharnaüm intersidéral. Les taxis jaunes, délabrés pour la plupart comme vestiges d’une époque lointaine et klaxonnant à tout va, vont bien pâle figure face aux taxis de NY City. Les vendeurs ambulants de café touba volent la vedette aux torréfacteurs et spécialistes de l’expresso ristretto de Palerme.

Ici, tout ce qui semble ordonnée et propre chez nous se reproduit sous une forme grossière, où la Reine que l’on nomme système D a établi son terrible royaume. A Dakar, chaque sortie est une aventure initiatique où se mêle dans une même mesure exaspération et émerveillement.

Les senteurs du marché se mélangent avec l’insolence ambiente de cet univers anarchique. Entre les étals de fruits exotiques et les marchands de jus tropicaux s’élève l’odeur fétide des égouts, d’une bouche mal embouchée.  Ici, un marchand de journaux, crieur public relatant les derniers évènements chaud-bouillants de l’Afrique et du monde, là un artisan sans prétentions dont les mains habiles tissent 1001 merveilles, revendeur de renouveau. Ceux qui connaissent bien Dakar n’y sont jamais perdus, mais toujours un peu à l’ouest, tant tout se ressemble et s’assemble. Les jeunes filles en talon bon marché et aux rajouts décolorés côtoient les bonnes « mama » du marché endimanchées dans leurs boubous colorés. Les derniers cris de BMW se font arrêter au gré des enfants talibés venant quémander quelques deniers pour pouvoir manger. On en prend plein les sens, tant tout est exagérément trop et si peu à la fois.

De jour comme de nuit, la ville est fourmillement et agitation. Sautez dans un taxi, et même sans vouloir regarder ce qu’il se passe au dehors, votre regard sera attiré par ce vieil homme au sourire édenté servant le thé noir bouillant à ses amis, par ces jeunes garçons au corps d’Apollon s’affrontant dans un combat de lutte acharnée où il n’y a ni vainqueurs ni vaincus, ou bien par ces jeunes filles mi-voilées à demi nues se manucurant devant le boutiquier du coin. On manque de se faire percuter par un bus à chaque croisement, mais heureusement la voix de Youssou N’Dour chantant à tue-tête couvre nos soupirs d’inquiétude. A pied comme au volant, il n’y a aucune règle qui domine, si ce n’est la loi de la jungle. Chaque instant d’inattention peut vous coûter cher, et l’abandon dans de douces rêvasseries n’appartient qu’aux inconscients.

Bienvenu à Dakar, ville d’exagération et d’insuffisance, en perpétuelle mouvement.

Bienvenu dans la ville où la misère bouscule la richesse avec un acharnement morbide, au rythme du muezzin de la Mosquée.

Bienvenu dans une ville de bruits, de couleurs, simplement vivante, riche dans sa carence comme dans son abondance.

Dakar, ville aux mille visages.

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~ par anabarbera sur 9 mai 2010.

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