Il était une fois St Louis.

Une fois n’est pas coutume, nous continuons notre ballade africaine de la culture avec une nouvelle étape, j’ai nommé le St Louis Jazz festival. Sur des rythmes de basse Jazzie et une improvisation déjantée d’un musicien à la Django Reinhardt, ce festival d’envergure internationale est un des plus renommé de toute l’Afrique. Des invités de marques à la découverte d’artistes inconnus qui deviendront les futurs étoiles de demain, la ville vit au rythme de Duke Ellington et Billie Holiday pendant 4 jours consécutifs, entre concerts, expositions et autres manifestations culturelles partagées entre le IN (programmation officielle) et le OFF (programmation parallèle). Et quel cadre pour recevoir pareil festival !

Autrefois capitale du Sénégal, Saint Louis est resté le cœur historique et culturel du pays, elle a autant la beauté et la tranquillité que Dakar a la pollution et le désordre. Après quelques temps passés dans la frénésie chronique de la capitale, une escapade à St Louis est un véritable eldorado de calme et de volupté. Bien sûr ce n’est pas non plus idyllique, il y a aussi des taxis qui klaxonnent, des gens qui vident leurs poubelles sur les trottoirs et des charettes à chaque coin de rue, mais on ne s’en rend même plus compte avec le charme des maisons coloniales de toutes les couleurs, l’air marin et le paysage changeant suivant le côté de l’île ou l’on se situe. Construite par les européens il y a exactement 350 ans, la ville s’étend sur une langue de terre de 2,5 km de long sur 300 m de large, entre le fleuve Sénégal et l’Océan Atlantique, et ce aux portes du désert de Mauritanie.

Autrefois principal comptoir de commerce de toute la côte occidentale avec Gorée, St Louis a su garder une identité culturelle très forte malgré les années d’indépendance et l’essor économique et politique de Dakar, désormais centre névralgique et mégalopole de toute l’Afrique de l’Ouest. Ici les habitants sont st-louisiens avant d’être sénégalais, et l’intemporalité qui règne sur l’île a comme la saveur des villes oubliées qui sont restées à l’écart de la course au développement actuel pour conserver un charme qui leur est propre, attaché à une histoire et une nature environnante si particulières. Ainsi, aucun endroit ne semblait plus approprié que St Louis pour accueillir un festival d’une telle ampleur. Pour accéder à l’île, il faut emprunter le célèbre Pont Faidherbe, seul lien permanent reliant le monde terrestre à ce petit bout de paradis. Ne soyez pas trop regardant sur son état de vétusté actuel, gardons à l’esprit que pour l’époque c’était un petit bijou de la technologie, même si c’était il y a plus d’un demi-siècle ! Malgré le trafic qui reste à la mode africaine, l’air marin chasse bien vite les fumées toxiques des antiques pots d’échappement, et l’œil est vite attiré par le charme des bâtiments d’époque coloniale, les terrasses fleuries au bord du fleuve qui vous invite à une pause désaltérante. Les rues sont un défilé permanent de boubous colorés, de vendeurs à la sauvette de fruits de saisons, produits tombés du camions, et autres contrefaçons sans façons.

J’avoue arriver à St Louis l’esprit léger et me laissant aller sans vergogne à l’euphorie ambiante. C’est de loin mon spot préféré du Sénégal, et à part écouter du Jazz, regarder des peintures et reprendre des forces autour d’une thiof grillé et d’une gazelle au bord du fleuve, je n’ai aucune attente particulière. Ainsi le premier soir, au lieu d’aller regarder la programmation officiel du IN au Quai des Arts, nous avons préféré parcourir la ville au gré de la musique sortant des bars et autres boui-boui locaux plus ou moins branchés, pour une immersion sans limites dans le OFF du Festival. L’approche Underground de la fête, là où on met de côté les têtes d’affiche pour aller à la rencontre d’illustres inconnus qui se révèleront virtuoses une fois tombés les masques de la nuit. Dans un premier bar qui rappelle un peu trop le style « européen-branché-lounge and co », un groupe qui vaut le détour reprend des classiques mêlés à des rythmes du Mbalakh local, en concluant par l’intervention d’un groupe cubain qui fait monter la température ambiante de quelques degrés. Ensuite, dans un boui-boui plus local un groupe reprenant les classiques de Ray Charles, entourée de peintures d’artistes locaux : une prestation sans prétentions à déguster sans retenue avec un bon verre de vin rouge et quelques arachides. Ensuite, dans une cour à ciel ouvert sous un arbre séculaire, un groupe local et familial mêlant sons traditionnels sénégalais, influences reggae et rythmes jazzie : cockatil explosif qui s’avère être une totale réussite. On se lève, on danse, et certains artistes présents dans la salle se lancent dans des impro imprévus qui envoient : un vieux black sorti d’un film en noir et blanc nous offre un « brano » au saxo sensationnel, tandis que lui succède un illustre inconnu dont la communion avec sa trompette nous laisse sans voix. Ensuite vient le joyeux bob-le-poto-qui-a-bu-un-coup-de-trop-, pas musicien pour 2 sous mais qui se lance vaillament dans une impro à l’harmonica, certes très perso, mais qui en fait rire plus d’un. Après, un toubab avec un look nostalgique des années Woodstok entame une impro à la guitare manouche tout simplement extraordinaire, et on termine par la prestation d’un groupe sorti tout droit d’un docu.sur le Gospel, et qui nous livre un meddley au Beat Box euphorisant. La ville ne dormira pas de toute la nuit, et à se ballader dans ses ruelles sombres on progresse au pas des battements sourds qui émanent de son âme, ravivée par la musique ambiente, explosion fantaisiste de musiciens acrobates.

Le lendemain, après un réveil difficile les brumes matinales sont bien vite dissipées par un triple café noir et un bon thiof grillé au bord du fleuve. La journée passe comme de le dire, entre la contemplation d’une exposition de tissus mauritanien par ici, la visite de peintures sous verres par là, entremêlé de sculptures tellement subjectives qu’on ne sait comment les regarder, bref le tour du OFF de la Biennale des Arts est à l’honneur. Autant de manifestations du talent artistique de jeunes créateurs qui se découvrent avec leur premier vernissage, comme ceux qui en ont trop vu, dispora d’âme en quête d’évasion nous entraînant avec plus ou moins de brio dans leur fantastique voyage.

Une fois la nuit tombée, retour au Jazz avec la programmation IN du Festival, donc rendez-vous au Quai des Arts. Au programme, « African Jazz Roots Quintet Euro-Afrique »,  en première partie, qui s’avère être un groupe local brillant, mêlant une basse jazzie avec des instruments traditionnels sénégalais. Ensuite vient le « Jerry Gonzales Sextet », groupe hispano-cubain, mêlant basse et batterie jazzie, pianiste déjanté, « cantos gitanos » et percu-cubaine. On s’imagine presque à la Havane dans des soirées caliente mêlant salsa et jazz, avec un mojito bien frais à la main. Merveilleux, et l’improvisation successive des artistes donne envie de balancer les chaises et monter sur scène pour se laisser aller à la musique, sans aucune retenue. Enfin, vient LA tête d’affiche de la soirée : Pharao Sanders, mythique jazzman qui a vu passer plus d’un printemps avec les plus grands de ce monde, monte sur scène. Pas de froufrou ni d’artifices, juste lui et son pianiste, niente di piu. Tempes blanchies et démarche claudicante, il se lance dans une tirade au saxo.qui montre à quel point les années l’ont fait communier avec son instrument. On écoute et on admire, ni plus ni moins. A la fin, la salle se lève dans un même élan pour acclamer les artistes.

Pour finir la noche en OFF avec ce beau monde, direction la Taverne : bar construit dans une ancienne prison à esclaves, l’ambience est confinée, quasi intime, alors on après avoir swingué sans retenue pendant 2 jours on se pose autour d’une Flag, et on apprécie. Un groupe nous livre une ultime prestation au milieu de la cour à ciel ouvert, sur des rythmes plus tranquilles alliant du reggae-jazz mêlé à des chants traditionnels locaux. Ballade africaine qui nous transporte doucement et nous fait revivre par vagues successives ce voyage dans le coeur st-lousien. Que faire à part se laisser une nouvelle fois emporter, et espérer revenir une prochaine fois ..

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~ par anabarbera sur 2 juin 2010.

4 Réponses to “Il était une fois St Louis.”

  1. Tes descriptions sont superbes on s’y croirait, il ne manque que le son.
    Bisous
    colette

  2. Et dire que je rate cette ambiance musicale,africaine!mais Saint Louis sera toujours là en juillet!grosseS bises de six!Maman!!!!

  3. Hé ben, hé ben, quelle ambiance ! Comme l’a dit Colette, il ne manque que le son !

    BBBB la gueuse 😉

  4. T’as du bol cousine, moi j’en ai ras le bol de leur Rumba Congolaise. Ca commence à sérieusement m’insupporter. Au début c’était dépaysant, folklorique, mais vu qu’ils n’écoutent QUE CA, du matin au soir, et que c’est toujours pareil… Ca devient trop prise de tête.
    Lorsqu’ils décident de changer de musique je me tape du RAP US, du R&B pourri ou alors du Céline Dion.
    Je CRAAAAAAAAAAAAAAAAAAAQUE !

    Je vous en ramènerai pour que vous puissiez imaginer mon calvaire.

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